
Itinéraire : le tour des Écrins en 5 jours
Quatre mille deux cents mètres d'altitude, cent kilomètres carrés de glaciers, des cols qui dépassent les 3 000 mètres : le Parc national des Écrins est le territoire alpin le plus sauvage de France. Moins fréquenté que le Mont-Blanc, moins balisé que le GR20, il récompense ceux qui s'y aventurent par des paysages d'une grandeur rare — lacs de haute altitude couleur jade, moraines grises sous des séracs bleutés, alpages fleuris à peine touchés par les siècles.
Ce circuit de 5 jours traverse le massif du nord au sud, de la vallée de la Guisane à la Valgaudemar, via les plus beaux secteurs du parc : le Glacier Blanc, le vallon de la Pilatte et le lac de Vallonpierre. Environ 85 km, 5 000 m de dénivelé positif cumulé, deux refuges d'altitude et une traversée intégrale du parc — un itinéraire pour randonneurs expérimentés à la recherche d'une vraie aventure alpine.
Le Parc national des Écrins : une brève présentation
Créé en 1973 et couvrant 918 km², le Parc national des Écrins protège le plus haut massif des Alpes au sud du Mont-Blanc. La Barre des Écrins culmine à 4 102 m — point le plus élevé des Alpes méridionales françaises. Le parc abrite plus de 120 glaciers, dont le Glacier Blanc (le plus long des Alpes méridionales avec 7 km) et le Glacier Noir, ainsi que des espèces emblématiques : bouquetin, chamois, gypaète barbu.
Ce n'est pas un massif facile. Les sentiers sont souvent moins balisés qu'ailleurs, les refuges sont plus espacés et la météo peut se dégrader très vite. Mais c'est précisément cette rudesse qui fait le caractère des Écrins — ici, la nature reste à la commande.
Préparation et logistique
Niveau requis
Cet itinéraire est réservé aux randonneurs expérimentés avec une bonne condition physique. Les étapes dépassent régulièrement les 1 000 m de dénivelé. Certains passages, notamment au-dessus du Glacier Blanc ou dans les vallons de la Pilatte, nécessitent de l'aisance sur terrain alpin et une vigilance accrue par mauvais temps.
Quand partir ?
La fenêtre idéale s'étend de mi-juillet à mi-septembre. Avant juillet, les névés sont nombreux et certains cols peuvent être délicats sans crampons. En septembre, les nuits en altitude sont fraîches mais les journées sont souvent stables. Évitez les périodes d'orage fréquentes (mi-août) pour les sections exposées.
Comment rejoindre le point de départ ?
- En voiture : Le Monêtier-les-Bains est à 12 km de Briançon par la N91. Parking possible aux Guibertes (trailhead de la plupart des itinéraires nord du parc). Laissez votre voiture à La Chapelle-en-Valgaudemar ou organisez une navette.
- En train + bus : TGV jusqu'à Briançon (Paris → Briançon en 6h30 avec correspondance à Oulx ou Valence), puis bus ligne 37 jusqu'à Le Monêtier-les-Bains (30 min).
Hébergement
- Nuits 1–2 : Gîte ou hôtel à Le Monêtier-les-Bains, puis Refuge du Glacier Blanc (CAF, 2 541 m, réservation obligatoire)
- Nuit 3 : Refuge du Sélé (CAF, 2 511 m) ou Saint-Christophe-en-Oisans
- Nuit 4 : Gîte à La Chapelle-en-Valgaudemar
- Nuit 5 : Retour voiture ou transport
Réservez les refuges CAF plusieurs semaines à l'avance en juillet-août. La place en refuge Glacier Blanc est très disputée.
Jour 1 — Le Monêtier-les-Bains : acclimatation dans le Vallon de Celse Nière
Distance : 15,7 km | Dénivelé : 1 134 m D+ | Durée : 6h–7h
La première journée sert d'acclimatation et d'introduction aux paysages des Écrins. Depuis Le Monêtier-les-Bains (1 480 m), le sentier s'enfonce dans le Vallon de Celse Nière, une combe sauvage qui monte plein sud vers les crêtes franco-italiennes.
La passerelle du départ franchit le torrent du Petit Tabuc et lance l'ascension dans une forêt d'épicéas avant de déboucher sur des alpages ouverts parsemés de gentianes et d'arnicas. À 2 400 m, le paysage bascule : les arbres disparaissent, les pierriers dominent et les premières neiges permanentes apparaissent sur les crêtes au loin. Du point culminant de la boucle (environ 2 700 m), la vue plonge sur la vallée de la Guisane d'un côté et sur les contreforts du massif des Écrins de l'autre.
Retour à Le Monêtier en fin d'après-midi. C'est une étape d'approche parfaite : suffisamment physique pour commencer l'adaptation à l'altitude, suffisamment courte pour arriver reposé.
Voir la trace OpenRando — Boucle La passerelle - Vallon de Celse Nière — 15,7 km, 1 134 m D+
Jour 2 — Glacier Blanc : au pied des 4 000 mètres
Distance : 18,5 km | Dénivelé : 920 m D+ | Durée : 6h–7h30
C'est la journée reine du circuit. Depuis Le Monêtier-les-Bains, le sentier rejoint Ailefroide (1 510 m) par le Col d'Arsine ou par la route, puis monte vers le Glacier Blanc — le glacier tempéré le plus étendu des Alpes du Sud.
La montée depuis Ailefroide est progressive : prairie, moraine, puis les premiers blocs de glace qui surgissent derrière un dos de terrain. Le Refuge du Glacier Blanc (2 541 m) se révèle en surplomb de la langue glaciaire, avec en fond la pyramide blanche de la Barre des Écrins (4 102 m) et l'arête effilée du Pic sans Nom. Par beau temps, le panorama est sans équivalent dans les Alpes méridionales.
Les randonneurs non équipés de crampons et de corde restent en dehors du glacier. La moraine et les sentiers balisés jusqu'à la "terrasse" de vue suffisent pour passer une journée inoubliable.
Voir la trace OpenRando — Boucle Vallee du Glacier Blanc — 18,5 km, 920 m D+
Jour 3 — Traversée vers le Vallon de la Pilatte
Distance : 16,3 km | Dénivelé : 521 m D+ (plus la descente) | Durée : 6h–7h
Le troisième jour bascule le circuit vers l'ouest. Depuis le refuge, la descente vers Ailefroide est rapide, puis le sentier remonte vers Saint-Christophe-en-Oisans (1 480 m) — porte d'entrée du vallon de La Bérarde.
De là, la montée vers la Porte du Glacier de la Pilatte révèle un paysage de haute-montagne rarement vu par les non-alpinistes : un cirque glaciaire fermé par le Pic de la Pilatte (3 638 m) et le Pic de Bonvoisin. Le chemin longe la moraine gauche du Glacier de la Pilatte, une masse de glace sombre et crevassée qui descend vers 2 200 m. C'est un monde minéral et silencieux, traversé seulement par le bruit sourd du glacier qui travaille.
La Porte de la Pilatte (2 651 m) offre une vue vertigineuse sur le massif. Nuit à Saint-Christophe-en-Oisans ou au refuge de La Bérarde.
Voir la trace OpenRando — Porte du Glacier de la Pilatte — 16,3 km, 521 m D+
Jour 4 — La Chapelle-en-Valgaudemar : les Lacs de Pétaret
Distance : 18,6 km | Dénivelé : 1 346 m D+ | Durée : 7h–8h
La quatrième journée est la plus exigeante — et sans doute la plus belle. Depuis La Chapelle-en-Valgaudemar (1 100 m), la vallée de la Séveraisse s'enfonce vers le cœur du parc dans un décor de cascades et de forêts.
Le sentier monte d'abord en forêt avant de déboucher sur les alpages de la Haute Séveraisse. Puis, dans un faux plat interminable, il grimpe vers les Lacs de Pétaret — une série de petits lacs d'altitude nichés dans un cirque glaciaire entre 2 200 et 2 500 m. L'eau est d'un vert translucide presque irréel, contrastant avec les parois grises et les névés tardifs qui persistent même en août.
Le Pont des Oules est un point clé : ici, le torrent dévale une gorge étroite dans un fracas de cascades. Le retour par un autre versant offre des vues différentes sur la vallée et sur le Pic de Bonnefoy.
Voir la trace OpenRando — Boucle Le pont des Oules - Lacs de Pétaret — 18,6 km, 1 346 m D+
Jour 5 — Lac de Vallonpierre : la conclusion en apothéose
Distance : 17,1 km | Dénivelé : 816 m D+ | Durée : 5h30–6h30
La dernière journée offre un final grandiose. Le Lac de Vallonpierre (2 271 m) est l'un des plus beaux lacs du Parc des Écrins — une vaste étendue d'eau sombre encadrée de falaises calcaires et de prairies fleuries. Le refuge de Vallonpierre (CAF, 2 270 m), posé au bord du lac, est un symbole de la randonnée alpine française : refuge gardé, repas chauds, vue sur le lac dès l'aube.
Le sentier depuis La Chapelle monte régulièrement sur 1 000 m de dénivelé, traversant des zones pastorales encore vivantes (moutons, vaches) avant d'atteindre le verrou glaciaire qui cache le lac. L'arrivée provoque toujours un effet de surprise, même en le sachant là : on bascule soudainement d'un versant herbeux à ce paysage de fin du monde.
La descente longe le Torrent de Vallonpierre, ponctuée de cascades, avant de retrouver La Chapelle-en-Valgaudemar en milieu d'après-midi — retour à la civilisation en douceur.
Voir la trace OpenRando — Boucle Lac de Vallonpierre - Refuge de Vallonpierre — 17,1 km, 816 m D+
Équipement pour 5 jours dans les Écrins
Le massif des Écrins est une montagne alpine exigeante. L'équipement doit être à la hauteur :
- Chaussures : des chaussures de randonnée haute tige imperméables sont indispensables. Le terrain mêle pierriers, zones humides et passages rocheux — oubliez les chaussures basses.
- Sac à dos : un sac à dos de 40 à 50 litres pour 5 jours en refuge, avec tenue de change, trousse de secours et matériel photo.
- Veste imperméable : la montagne peut se couvrir en 20 minutes. Une veste imperméable 3 couches légère est le vêtement le plus important du sac.
- Bâtons : des bâtons télescopiques réduisent significativement la fatigue sur les longues descentes — un atout majeur sur les 5 000 m de dénivelé positif du circuit.
- Couches intermédiaires : les nuits en refuge à 2 500 m sont fraîches, même en juillet. Emportez une doudoune légère compressible pour les soirées.
- Hydratation : les sources d'eau en haute montagne sont nombreuses mais une gourde avec filtre à eau reste recommandée pour purifier les eaux de fonte.
Variantes et extensions
Ce circuit de 5 jours peut être allongé ou modifié selon votre niveau et vos envies :
-
Le Lac de l'Eychauda : en annexe au Jour 1 ou 2, une boucle magnifique depuis Monêtier sur 16 km et 1 070 m D+, avec un lac glaciaire moins fréquenté que le Glacier Blanc. Voir la trace — 16,0 km, 1 070 m D+
-
Le Refuge du Sélé et du Pelvoux : pour une variante plus ambitieuse, le secteur Vallouise propose l'un des plus grands cirques glaciaires du massif, entre le Pelvoux (3 943 m) et le Glacier des Violettes. Voir la trace — 19,5 km, 1 551 m D+
Informations pratiques
Balisage et cartographie
Le GR® 54 (Tour de l'Oisans et des Écrins) borde une grande partie du circuit décrit ici. Il est balisé en rouge et blanc par la FFRandonnée. Téléchargez les traces GPX depuis OpenRando et emportez également la carte IGN 3436 OT (Écrins) — les conditions météo peuvent rendre la navigation délicate en cas de brouillard.
Sécurité en montagne
- Consultez les bulletins météo du PGHM de Briançon et du Mountain Forecast avant chaque journée
- Prévenez toujours quelqu'un de votre itinéraire et de vos horaires prévus
- Les refuges CAF disposent de radio et peuvent contacter les secours — ne cherchez pas le réseau mobile au-dessus de 2 500 m
Budget estimé (par personne)
| Poste | Estimation |
|---|---|
| 2 nuits en refuge CAF | 80–120 € |
| 2 nuits en gîte/hôtel | 70–130 € |
| Repas sur le circuit | 90–120 € |
| Transports | 40–70 € |
| Total estimé | 280–440 € |
Avant de partir, explorez toutes les randonnées disponibles dans le secteur sur OpenRando — des centaines de traces dans le Parc national des Écrins vous attendent pour prolonger l'aventure.
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